Créer avec la matière : démarche intuitive entre peinture abstraite et sculpture contemporaine
- jonathan-pradillon

- il y a 4 jours
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Depuis toujours, la création occupe une place centrale dans mon parcours. Très jeune, j’ai ressenti le besoin de fabriquer, d’assembler, de comprendre comment une idée pouvait devenir un objet tangible. Le métal, le vitrail, les pièces artisanales, les formes construites à la main ont nourri cette curiosité initiale. Le dessin faisait déjà partie de mon quotidien, non comme une fin en soi, mais comme un moyen de matérialiser une intention, de donner corps à une idée.
Avec le temps, cette sensibilité s’est affirmée au point d’orienter naturellement mes choix d’études. Une formation aux beaux-arts, en design graphique, m’a apporté une base solide, structurée, mais elle a surtout confirmé un besoin essentiel : celui d’un rapport direct à la matière. C’est ainsi que la peinture et la sculpture se sont imposées comme des évidences, me permettant de renouer avec un geste plus instinctif, plus libre, proche de ce qui m’animait déjà enfant.
La peinture et la sculpture comme terrains d’expérimentation
En peinture, je travaille principalement avec l’acrylique. Ce médium me séduit par sa rapidité de séchage et sa grande polyvalence. Selon sa consistance, il me permet de passer d’effets très lisses à des matières épaisses, presque sculpturales. L’acrylique offre aussi une grande liberté dans la superposition des couches, sans perdre en précision, tout en garantissant une bonne durabilité dans le temps.
En sculpture, mon travail s’articule principalement autour du bois et du métal. Le bois est un matériau vivant, qui possède déjà ses propres lignes, ses veines, ses directions naturelles. Souvent, il suffit de les suivre pour faire émerger une forme. Le métal, à l’inverse, impose une approche plus frontale. C’est un matériau brut, exigeant, mais incroyablement libérateur une fois les techniques de soudure maîtrisées. J’aime profondément cette dualité : le bois qui guide, le métal que l’on contraint.
L’inspiration : entre nature, couleur et imprévu
Lorsque je commence une peinture ou une série, je ne cherche jamais à visualiser un résultat final précis. Il y a une intention, une direction globale, mais l’œuvre se construit avant tout par le geste. Je laisse la main guider la matière, accepter l’imprévu, permettre à la peinture de se révéler d’elle-même. Cette part d’inattendu est essentielle dans mon processus.
La couleur joue un rôle fondamental dans mon travail. J’aime explorer des harmonies chromatiques qui suivent la logique du cercle chromatique ou évoquent des phénomènes naturels comme l’iridescence d’un arc-en-ciel ou les reflets d’une flaque d’essence. Ce sont des éléments simples, presque banals, mais qui déclenchent immédiatement une impulsion créative.
La nature reste une source d’inspiration constante. Ses textures, ses contrastes, ses rythmes influencent autant mes peintures que mes sculptures. Une branche, une feuille, une nervure peuvent devenir une ligne peinte ou une courbe sculptée. À l’opposé, mon travail sculptural dialogue aussi avec l’univers industriel et mécanique : structures métalliques, formes techniques, logique fonctionnelle. Cette rencontre entre l’organique et le mécanique nourrit une grande partie de mon langage plastique.
Un processus créatif intuitif et évolutif
Mon processus créatif n’est jamais figé. La plupart de mes œuvres naissent sans croquis préalable, par un premier geste, une première trace. Je laisse les matériaux interagir, les couleurs se répondre, et c’est dans cette spontanéité que l’équilibre se construit.
D’autres pièces démarrent avec une intention plus définie. Je sais alors dans quelle direction aller, tout en laissant volontairement le résultat ouvert. Le travail peut évoluer, se transformer, parfois s’éloigner de l’idée initiale. Je considère cette évolution comme une richesse, jamais comme une contrainte.
Que ce soit en peinture ou en sculpture, il existe toujours une alternance entre action et observation. Je travaille, puis je m’arrête. Je prends du recul, je laisse reposer. Souvent, la touche finale se résume à un détail presque imperceptible, mais qui fait basculer l’ensemble vers quelque chose de juste, de cohérent.
Une démarche émotionnelle avant tout
Mon travail ne cherche pas, pour l’instant, à transmettre un message politique ou militant. Je n’exclus pas cette possibilité à l’avenir, mais ce n’est pas le cœur de ma démarche actuelle. Ce qui me motive avant tout, c’est l’envie de créer quelque chose de sincère et de sensible, dans un monde où l’on prend de moins en moins le temps de regarder et de ressentir.
Mon approche est avant tout émotionnelle. Je préfère évoquer une impression, un ressenti immédiat, plutôt que délivrer un message figé. J’aime l’idée qu’une couleur, un mouvement ou une matière puisse toucher quelqu’un sans nécessiter d’explication, laissant à chacun la liberté d’y projeter sa propre sensibilité.
L’œuvre comme trace silencieuse
Bien sûr, l’idée de laisser une trace n’est pas absente. J’espère que certaines de mes œuvres traverseront le temps, qu’elles continueront à être regardées, vécues, intégrées dans des espaces de vie, indépendamment de mon identité. Je trouve une réelle satisfaction dans l’idée qu’une œuvre puisse toucher quelqu’un, devenir une partie de son quotidien et poursuivre son chemin de manière autonome.
Si, au fil du temps, ces œuvres deviennent aussi un témoignage de leur époque, alors cela s’inscrit naturellement dans leur continuité.
Une esthétique en mouvement
Mon travail est majoritairement abstrait. Selon les séries, il peut être plus minimaliste, parfois géométrique, parfois plus libre et instinctif. J’aborde également ponctuellement l’art figuratif, toujours de manière interprétée, simplifiée, et intégrée à mon langage abstrait.
Je ne me rattache volontairement à aucun mouvement artistique précis. Je préfère laisser mon esthétique évoluer librement, sans l’enfermer dans une étiquette. Certaines constantes demeurent - le geste, la matière, la vibration des couleurs - mais elles sont amenées à se transformer au fil des expériences.
Projets en cours et perspectives
Plusieurs séries sont actuellement en développement, notamment Éclat et Fragmentation, tout en laissant place à de nouvelles explorations. Je travaille également sur des formats plus grands, offrant une dimension plus immersive, ainsi que sur des sculptures aux proportions plus ambitieuses, intégrant des techniques plus avancées.
L’objectif reste le même : continuer à expérimenter, à évoluer, et à ne jamais me figer dans une zone de confort - ni pour moi, ni pour le regardeur.
Cet article fait suite à une interview réalisée pour la plateforme Artmajeur, autour de mon travail et de ma démarche artistique : https://www.artmajeur.com/fr/magazine/8-rencontres/interview-d-artiste-i-jonathan-pradillon/340129





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